Nu noir et blanc

Pellicule et procédé gélatino – bromure d’argent

Même si vous n’avez jamais utilisé une pellicule argentique, il est bon de connaitre les techniques plus anciennes.

En plus du plaisir de connaitre « l’histoire », cela peut vous aider à comprendre quelques astuces de prise de vue ou quelques réactions de votre APN.

N.B. J’écris au présent, bien qu’un certain nombre des produits et pellicules aient aujourd’hui disparu et font déjà partie de l’histoire de la photographie.

 

Nu noir et blanc

Nu noir et blanc réalisé à la chambre Sinar P2 4×5″ sur pellicule Agfa 25 ISO – Copyright Patrick Louiche Paris 1997

La pellicule photo

Savez-vous qu’une pellicule photographique est réalisée avec de la gélatine de bœuf ?
Oui, comme sur une tranche de pâté !
D’où le nom du procédé gélatino-bromure d’argent.

La pellicule est constituée d’une émulsion photosensible couchée sur un support transparent : le substratum.
Au dos de ce substratum se trouve la plupart du temps une couche antihalo.

L’émulsion est constituée d’une gélatine fabriquée à base de moelle de bœuf dans laquelle sont incorporés des cristaux d’halogénure d’argent.

Les cristaux d’halogénure d’argent sont sensibles à la lumière.

Les photons, l’énergie de la lumière, modifient la structure de ces sels d’argent pour créer une image latente.
C’est-à-dire que l’information est engrangée au sein de la pellicule, mais non visible à l’œil nu.
Les cristaux d’halogénure d’argent ont été modifiés dans leur structure.
Il faut amplifier cette information pour obtenir une image visible.

Développement par traitement chimique

C’est le rôle du traitement chimique et du travail de laboratoire.

Le révélateur

Le révélateur, premier bain auquel la pellicule sera soumise, porte ce nom parce qu’il va “révéler” l’image latente pour en faire une image visible.

Le fixateur

Pour rendre cette image permanente, un deuxième traitement est indispensable : le fixateur.
Le détail du traitement chimique est traité dans la partie laboratoire.

En photo numérique, le procédé est plus discret, plus rapide, cependant l’image que nous observons sur l’écran de notre appareil ou sur notre ordinateur a été traitée par un logiciel.
En photo numérique, le logiciel joue le même rôle que le traitement chimique en photo argentique d’où le nom traitement d’images.

Le logiciel transforme les données brutes du capteur en une image visible.
Cette étape de traitement informatique est plus palpable si vous utilisez des fichiers RAW.
L’habitude est d’appeler cette étape « développement du fichier Raw.

Types de pellicules

Il existe des pellicules noir et blanc et des pellicules couleur.
Dans chaque famille, N & B et couleur, il existe des pellicules négatives, positives et des pellicules à développement instantané.

Pellicules négatives

Appelées couramment “négatif”.
Les valeurs sont inversées.

  • En noir & blanc, le blanc devient noir et le noir devient blanc ;
  • En couleur, les primaires se transforment en secondaires et inversement.Vous devez faire un tirage sur papier pour obtenir la photo définitive.

Pour en savoir plus, reportez-vous aux articles :

Pellicules inversibles

Les pellicules inversibles ou diapositives, produisent directement des images conformes à la réalité et sont principalement destinées à la projection.

Le fait qu’elles soient destinées à la projection oblige les fabricants à en augmenter le contraste, ce qui peut poser des problèmes pour réaliser des tirages couleur sur papier.

Pellicules noir et blanc

Dans cette grande famille des pellicules N&B cohabitent plusieurs types d’émulsions correspondant chacun à un usage précis.

Tout ceci est en voie de disparition et tous ces types de pellicules ne sont plus disponibles ou difficiles à se procurer.

Émulsions non chromatisées

Appelées aussi “non- orthochromatiques”.

Ce type de pellicule réagit au rayonnement ultraviolet et à la couleur bleue, très faiblement au vert.
Insensible aux rayonnements jaune et rouge, il est possible de l’utiliser sans qu’elle réagisse, dans un local éclairé en jaune ou jaune-vert.

Il existe quelques rares pellicules négatives non chromatisées réservées à un usage professionnel.

Le gag le plus courant avant l’arrivée du numérique étaient de faire photographier à des élèves en préparation du CAP photo, des dessins uniquement peints dans des camaïeux de jaune au rouge, sans les prévenir que cette pellicule n’était pas adaptée à ce genre de travail.

Cette pellicule n’étant sensible qu’au bleu, ils se trouvaient bien dépités d’obtenir un négatif transparent, sans aucune image, après développement !
La chasse au Dahu de l’apprenti photographe !

En réalité ces pellicules non chromatisées sont plutôt réservées à la fabrication des papiers de tirage photographique à grade fixe.

L’avantage est de pouvoir traiter les négatifs, comme les papiers avec un éclairage jaune dans le laboratoire.
C’est agréable car on y voit comme en plein jour !

Émulsions orthochromatiques

Aussi appelées “Lith”.
Les émulsions orthochromatiques, sensibles de l’ultraviolet au vert et faiblement au jaune, sont utilisées principalement dans la reproduction de documents au trait.

Elles produisent des négatifs qui passent brutalement du noir au transparent, sans demi-teintes (sans valeur de gris intermédiaires).
Effet comparable à “Seuil”, en numérique.

Réservées à un usage professionnel en photogravure et imprimerie, elles sont utilisables dans un laboratoire avec un éclairage de sécurité rouge.

Émulsions panchromatiques

Les Émulsions panchromatiques sont les pellicules les plus utilisées.
En tant qu’amateurs, les seules qui vous seront proposées.

Elles réagissent à l’ensemble des couleurs visibles par l’œil humain.
Comme elles réagissent à l’ensemble des couleurs, il est obligatoire d’être dans le noir absolu pour les développer.

Émulsions infrarouges

Sensibles à tout le spectre visible, elles réagissent également aux rayonnements infrarouges proches du spectre visible (750 µm).

Destinées à un usage scientifique à l’origine, elles permettent des effets photographiques intéressants sur les feuillages et sur les nus.

Incompatibles avec la plupart des appareils argentiques de dernières générations, qui, pour des raisons d’économie, utilisent une diode infrarouge pour activer le compteur d’images.
Cette diode voile le film.

Ces pellicules infrarouges ne sont utilisables qu’avec un appareil photo mécanique ou sur de rares modèles électroniques compatibles avec les films infrarouges.

A la prise de vue, il est nécessaire de rectifier la distance de mise au point qui n’est pas la même que celle correspondant au spectre visible.
Reportez-vous au mode d’emploi de votre objectif.

Ces pellicules infrarouges sont utilisable avec ou sans filtre selon les résultats recherchés.

Émulsions médicales et scientifiques

Sensibles aux rayons X, elles ne peuvent être utilisées que dans un environnement spécial.
C’est avec ce type d’émulsion que l’on fait les radiographies médicales.
Ce type d’émulsion est aussi largement employé dans l’industrie pour des vérifications de structure, notamment de soudures.

Pratiquement toutes les pellicules noir et blanc sont utilisables en diapositives à condition d’adapter le traitement de développement.

Pellicules couleur

Une pellicule couleur est à la base une pellicule noir et blanc, à la quelle sont couplés des colorants.

Ces pellicules couleurs nécessitent en principe, deux révélateurs, un pour révéler l’image latente noir et blanc et un deuxième pour faire réagir les colorants.

Les pellicules couleur sont sensibles à l’ensemble du spectre visible par l’œil.

Deux grandes catégories sont prévues : pellicules lumière du jour et pellicules lumière artificielle.

Pellicules type lumière du jour

Les Pellicules lumière du jour ou Daylight, équilibrées pour une lumière de 5500 K, sont utilisables quasiment en toutes circonstances à l’extérieur.

Les pellicules lumière du jour permettent le reportage en plein jour avec débouchage au flash électronique.

Vous trouvez des variantes plus ou moins contrastées selon le genre de travail à accomplir, reportage ou portrait.
Les pellicules négatives sont quasiment exclusivement fournies en pellicules lumière du jour.

Il suffit ensuite d’adapter un filtre de conversion ou de correction selon les conditions de prise de vue pour obtenir une bonne balance des couleurs.

Pellicules type lumière artificielle

Les pellicules type lumière artificielle, équilibrées pour une température de couleur de 3200 K, très rares en négatifs, existent principalement en pellicules inversibles, réservées presque exclusivement à une utilisation professionnelle, elles sont à utiliser avec précaution pour obtenir de bons résultats.

Elles doivent être conservées chez le revendeur dans un réfrigérateur à 12 °C.
Vous devez les utiliser immédiatement après les avoir sorties de la chaîne du froid.

De la même manière vous devez les développer le plus rapidement possible (le jour même !)

Sensées reproduire avec exactitude les couleurs en lumière artificielle, elles ont tendance à casser les ambiances intimistes par un rendu un peu froid des couleurs.
Elles font merveille en photo de nuit pour renforcer le bleu du ciel.

Le principe est simple.
La lumière artificielle étant très riche en rayons jaunes et rouges et très pauvre en rayons bleus, les pellicules artificielles sont très sensibles au bleu et peu sensibles au jaune/rouge.

A vous les ciels bleu-nuit profond !

Pellicules amateurs ou pellicules professionnelles

Beaucoup d’amateurs sont tentés, pour obtenir de meilleurs résultats d’utiliser des pellicules professionnelles.

Je vous le déconseille fortement.
Vous allez payer vos pellicules beaucoup plus cher et vous risquez d’obtenir de moins bons résultats !

Différence entre pellicule amateur et pellicule professionnelle

Les pellicules amateurs comme professionnelles sont découpées au format que vous utilisez, dans d’immenses pellicules pouvant atteindre 9 m de large !

Les pellicules professionnelles sont en général découpées au centre, les bords risquant de présenter “quelques” irrégularités.
J’attire votre attention sur le “quelques”.

C’est vraiment très théorique.
Je ne suis jamais tombé sur une pellicule “amateur” présentant un défaut !

La différence se situe ailleurs.
Un certain nombre d’amateurs argentique, ont la fâcheuse manie de commencer une pellicule à Noël, prennent quelques vues à la fête des mères et terminent leur pellicule durant les vacances, en pleine chaleur, au mois d’août !

On ne peut pas dans ces conditions utiliser une pellicule professionnelle qui doit être développée immédiatement après l’exposition.

Donc, on livre pour l’amateur des pellicules trop fraiches, un peu comme les délicieux fruits pas encore murs qui se sont généralisés chez nos marchant de fruits !

Maturation

Comme le camembert… Ou le bon vin…

Une pellicule est un matériau vivant.
Elle n’est pas utilisable dès sa sortie de fabrication.
Elle doit être mise dans une chambre de maturation afin de se “faire”.

Ensuite, elle aura une date de péremption à ne pas dépasser.

Pellicules amateurs

Compte-tenu du profil type de l’amateur moyen, les pellicules “amateur” sont vendues un peu “fraîches”.
Souvent cette date de péremption pourra être de 2 voire 3 ans.

Pendant tout ce temps la pellicule va évoluer, pour atteindre un optimum, puis perdre doucement, un peu de ses qualités !

Tout est relatif et dans des conditions courantes d’utilisation, je serais très surpris que vous arriviez à voir la différence de rendu !

Pellicules professionnelles

Les pellicules professionnelles sont gardées beaucoup plus longtemps en chambre de maturation.

Des échantillons sont régulièrement testés.
Lorsque les échantillons correspondent exactement aux normes choisies par le fabricant, celui-ci les livre aux grossistes et revendeurs professionnels.

Elles doivent impérativement être conservées dans des réfrigérateurs à 12/13 °C.

Leur date de péremption est très courte.
Elles peuvent vieillir très vite.

Il faut les utiliser immédiatement après les avoir sorties du froid et les développer dans les heures qui suivent l’utilisation !
Si vous ne prenez pas ces précautions vous vous exposez à de véritables catastrophes au niveau des couleurs !

De même, si vous avez opté pour l’achat d’une pellicule professionnelle, en toute logique, vous devez la faire traiter dans un laboratoire professionnel : préparez votre bourse !
Ou les traiter vous-même.

Le système amateur, traité dans de bonnes conditions est tout à fait performant.

Pour preuve je vous rappelle qu’au temps du Kodachrome, toutes les pellicules amateurs étaient développées dans la même chaîne que les pellicules professionnelles !

La seule différence tenait au fait que les tolérances au niveau de la stabilité des bains étaient plus larges pour le traitement amateur.

Les bains de traitement étaient régulièrement testés.
Quand ils entraient juste dans les normes professionnelles (régénération, température), le développement des pellicules amateurs était arrêté et, dans ces mêmes bains, on traitait les pellicules professionnelles.

Dès que les bains s’écartaient de la norme professionnelle, le développement des pellicules amateur reprenait.

Ce qui faisait dire que :

  • financièrement, les pellicules amateurs faisaient vivre le laboratoire ;
  • au niveau qualité du traitement, les pellicules professionnelles, en plus petit nombre, garantissaient l’excellence de ce procédé aux amateurs !

Pellicules à développement instantané

Prochainement vous trouverez un article entièrement consacré à ce sujet.

La pellicules à développement instantané est une merveille de technologie inventée par le Docteur Land.
Si le numérique avait existé auparavant , ce procédé n’aurait jamais vu le jour !
Quel dommage !

En photographiant avec le procédé Polaroïd, nous exposons un négatif !
Le film est constitué de deux pellicules montées en sandwich : un négatif, un positif.

Après la prise de vue, la photo est extraite, manuellement ou automatiquement, en passant entre deux rouleaux métalliques qui écrasent une gélatine de produits chimiques.

Cette gélatine est répartie uniformément entre le négatif et le positif.
Le négatif est développé puis l’image négative est transférée chimiquement vers le positif.

Ce positif est ensuite développé puis fixé, toujours avec la même gélatine.
Tout se fait en une seule opération, instantanément !

Avec ce procédé, il est possible d’obtenir des positifs de 60×70 cm.
Oui, vous avez bien lu… Imaginez la taille de l’appareil de prise de vues !
Il n’en existe que trois exemplaires dans le monde.

Bien entendu ce procédé vous permet le négatif N&B, la photo couleur et la diapositive.
La diapositive en bobine 24×36 à développement instantané, compatible avec n’importe quel appareil 24×36 compact ou reflex.

Pour en savoir plus sur :

Qu’évoque pour vous ce survol de la pellicule ?
Nostalgique, encore utilisateur ou numérique sans regret ?
Faites-nous part de vos sentiments à ce sujet.

Pensez à liker et dire ce que vous en pensez !

4 Comments

  • Simon

    Reply Reply 16 avril 2015

    Salut,
    Pour ma par je suis encore un adepte de l’argentique. Autant du noir&blanc que de la couleur. Et plus j’en fais plus je me dit qu’il n’y a rien de mieux. C’est une tout autres façon de penser quand on fait une photo (on réfléchie avant de shooter). En tout cas c’est un très bon post.
    Merci à vous

  • GREGOIRE

    Reply Reply 13 octobre 2014

    Bonjour,
    Je possède plusieurs pellicules photos « argentiques » vieilles de 25/30 ans et n’ont jamais été développées. Je tiens aux photos qui ont été prises.
    Je cherche un laboratoire qui aurait les compétences et qui saurait traiter mes anciennes pelliculles qui ont peut être été endommagées à cause du temps.
    Pourriez vous me transmettre une adresse ?
    Avec mes remerciements,
    Cordialement

    • Patrick

      Reply Reply 14 octobre 2014

      Noir et blanc ou couleur ?

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