Histoire de la photographie — la première image jamais réalisée par Nicéphore Niepce en 1826

Histoire de la photographie : des origines à aujourd’hui en 15 dates clés

Pourquoi votre appareil photo fonctionne-t-il ainsi ? Parce que 200 ans d’inventions, de tâtonnements et de génie l’ont façonné. Voici les grandes dates qui ont tout changé — et quelques anecdotes que vous ne trouverez pas partout.

Les 15 dates clés de l’histoire de la photographie

  • 500 av. J.-C. — Première description de la chambre noire, en Chine
  • 1490 — Léonard de Vinci formalise le principe
  • 1727 — Schulze découvre le noircissement du nitrate d’argent
  • 1802 — Wedgwood réalise les premières copies sur papier sensibilisé
  • 1826 — Niépce réussit la première photographie fixée
  • 1839 — Arago présente le Daguerréotype à l’Académie des sciences
  • 1841 — Fox Talbot invente le procédé négatif/positif
  • 1851 — Collodion humide : une révolution technique
  • 1884 — Eastman fabrique les premières pellicules en bobines
  • 1888 — Kodak lance la photo grand public
  • 1904 — Les frères Lumière brevetent l’autochrome couleur
  • 1923 — Le Leica popularise le format 24×36
  • 1947 — Land invente le Polaroid
  • Années 90 — Kodak réalise les premières photos numériques
  • Aujourd’hui — L’image numérique redéfinit la photographie

Déjà nos ancêtres regardaient par le trou de la serrure

On a retrouvé en Assyrie une lentille plan-convexe datée d’environ 700 ans avant Jésus-Christ. La description la plus ancienne de la chambre noire nous vient de Chine, en 500 avant J.-C. Aristote la reprend, et c’est Léonard de Vinci qui en 1490 en établit clairement les principes en Italie.

Partout dans le monde, des chercheurs travaillent sur les lentilles — ancêtres de nos objectifs modernes — pour observer la lune et les étoiles. L’œil humain a toujours voulu fixer ce qu’il voyait.

1727 — La lumière commence à laisser des traces

Johann Heinrich Schulze — souvent appelé « Henri Schultze » dans les vieux manuels — découvre en Allemagne le noircissement du nitrate d’argent sous l’action de la lumière. C’est la brique fondamentale de tout ce qui va suivre.

En 1802 en Angleterre, Thomas Wedgwood réalise les premières copies d’objets opaques sur du papier sensibilisé au nitrate d’argent. Problème : il n’arrive pas à fixer ces images, qui disparaissent à la lumière. Tout semble réuni — mais il manque encore quelque chose.

1826 — Niepce fixe enfin l’image

Il faut attendre les travaux de Nicéphore Niepce pour voir la synthèse de toutes ces recherches se concrétiser. En 1816, il obtient des images par l’action de la lumière — mais sans fixage, elles disparaissent à jamais.

C’est en 1826 qu’il réussit sa célèbre Vue de la fenêtre du domaine du Gras, à Saint-Loup-de-Varennes en Bourgogne. Une plaque d’étain polie, sensibilisée au bitume de Judée. Une exposition de plusieurs heures. Et la première photographie fixée de l’histoire.

Vue de la fenêtre du Gras — première photographie fixée de l'histoire, Nicéphore Niepce, 1826
La première photographie de l’histoire. Nicéphore Niépce, 1826 — Vue de la fenêtre du domaine du Gras, Saint-Loup-de-Varennes (Bourgogne). Réalisée sur une plaque d’étain polie sensibilisée au bitume de Judée, avec une exposition de plusieurs heures.

1839 — Le Daguerréotype envahit le monde

En 1829, Niépce s’associe avec Louis Jacques Mandé Daguerre, qui perfectionne le procédé jusqu’à la Daguerréotypie. En 1839, Arago présente l’invention à l’Académie des sciences. L’État français acquiert le procédé contre une rente viagère versée à Daguerre — et en fait don au monde.

Le Daguerréotype connaît un succès immédiat, malgré un défaut majeur : chaque photo est unique et non reproductible.

Et les poses sont tellement longues que tout ce qui bouge disparaît de l’image. Voilà pourquoi les rues de cette époque semblent désertes sur les photos. En réalité, elles étaient pleines de vie — mais cette vie bougeait trop vite pour le capteur de l’époque. Les premiers effets spéciaux, sans filtre gris neutre !

Boulevard du Temple à Paris en 1838 — Daguerréotype de Louis Daguerre montrant le premier être humain photographié
Louis Daguerre, Boulevard du Temple à Paris, 1838. Les rues semblent désertes : les passants marchaient trop vite pour être captés. Seul cet homme, immobile chez son cireur de chaussures, est resté — devenant ainsi le premier être humain photographié de l’histoire.

1841 — Le procédé négatif/positif ouvre l’ère moderne

William Henri Fox Talbot met au point le premier papier émulsionné permettant d’obtenir des images positives à partir d’un négatif. La Talbotypie résout le problème du Daguerréotype : on peut désormais reproduire une image à l’infini. C’est la photographie moderne qui commence.

1851 — « Faites vite, le collodion sèche ! »

Frédéric Scott Archer met au point une technique extraordinaire : l’émulsion au collodion humide. Le photographe dépose lui-même l’émulsion sur une plaque de verre juste avant l’exposition.

Il faut faire vite — le collodion doit être exposé encore humide, et développé immédiatement après le déclenchement. Rustique ? Oui. Révolutionnaire ? Absolument. Le système est d’une telle qualité qu’il sera utilisé quotidiennement en photogravure jusqu’en 1960. Soixante ans de bon service.

Qui étaient ces pionniers ?

Passées les grandes découvertes, les pionniers de la photographie ne sont pas des hommes de science — ce sont plus souvent des peintres sans grand succès commercial, qui trouvent dans la photo un moyen de se réaliser ou simplement de vivre. Comme Eugène Atget, qui parcourt Paris en tous sens pour fournir les peintres en références visuelles. La photographie leur permet de travailler sans quitter l’atelier.

Eugène Atget — Joueur d'orgue de barbarie et son assistante dans une rue de Paris, 1898-99
Eugène Atget — Les petits métiers de Paris, orgue de barbarie, 1898-99. Atget parcourait la capitale pour fournir les peintres en références visuelles — un des premiers usages professionnels de la photographie.

1888 — Kodak invente la photo grand public

En 1884, Georges Eastman fabrique les premières pellicules en bobines. Mais c’est en 1888 qu’il lance le concept qui fera sa fortune : un appareil léger — pour l’époque — simple à manipuler, chargé de 100 poses.

Une fois le film exposé, on renvoie l’appareil entier en usine. Les photos sont développées, l’appareil rechargé, et tout est réexpédié à l’utilisateur. La marque Kodak est née. Leur slogan résume tout : « Appuyez sur le bouton, nous ferons le reste. »

1904 — La photographie voit enfin les couleurs

En 1880, l’apparition des émulsions ultrasensibles à base de bromure d’argent avait ouvert grand les portes de la photographie moderne. Les pellicules n’avaient cessé de s’améliorer, atteignant une finesse de reproduction encore difficilement égalée aujourd’hui par les systèmes numériques.

Mais elles étaient en noir et blanc. C’est en 1904 qu’Auguste et Louis Lumière — au nom prédestiné — déposent le brevet des autochromes, procédé de photographies en couleur extraordinairement résistant au temps.

1923 — Le Leica révolutionne la compacité

Une course à la miniaturisation accompagne les progrès de qualité. En 1923, l’introduction du Leica, suivant les plans d’Oskar Barnack, change tout. Cet appareil très compact utilise pour la première fois le film de cinéma de 35 mm. Le format d’image correspond à deux images cinéma de 18×24 mm — soit le fameux 24×36 qui dominera un siècle de photographie.

Les progrès en optique sont fulgurants. Inventé en 1828, le système reflex s’imposera dans le monde amateur à la sortie de la guerre 39-45.

1947 — Polaroid : la photo instantanée

Edwin Herbert Land invente le système Polaroid. On appuie, on attend quelques secondes, la photo se révèle sous vos yeux. Une magie qui n’a pas pris une ride — les appareils instantanés font d’ailleurs un retour remarqué depuis une dizaine d’années.

Années 90 — Le numérique naît… chez Kodak

L’ironie de l’histoire : c’est Kodak — leader mondial pendant un siècle avec 80% des parts de marché — qui réalise les premières photographies numériques dans les années 90. Et c’est cette même invention qui scellera le déclin de l’empire.

Nous voilà partis avec le numérique dans une nouvelle aventure de l’image, à l’aube de bouleversements que nous n’avons pas fini d’imaginer.

La France, berceau de la photographie

La photographie s’est immiscée dans tous les domaines : culture, sciences, sport, journalisme. Elle est à l’origine de grandes réussites commerciales, principalement en Europe — Agfa, Leica, Ilford — et plus récemment au Japon.

La France, berceau de la photographie, a rapidement cédé la place à d’autres nations. Malgré cela, les inventions françaises restent considérables : l’invention du zoom par Roger Cuvillier, amélioré par Pierre Angénieux en 1956 — ce même Angénieux qui inventa le Rétrofocus, conception optique révolutionnaire permettant d’utiliser un grand-angle sur un reflex mono-objectif.

Et maintenant ?

200 ans après Niépce, votre smartphone fait des photos que les maîtres de la chambre noire n’auraient jamais imaginées. Mais regardez bien : l’exposition, la lumière, la mise au point, la profondeur de champ — tout ce que vous apprenez aujourd’hui repose sur les mêmes principes que ceux découverts par ces pionniers.

Est-ce encore de la photo ? Ou de l’imagerie numérique ? La question mérite d’être posée. Mais les fondamentaux, eux, ne changent pas.

Si vous voulez comprendre comment votre appareil exploite 200 ans d’inventions, commencez par comprendre l’ISO, l’ASA et le DIN →

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6 commentaires

  1. Bonjour !

    Je voudrais vous remercier pour ces quelques informations. Elles me sont d’une grande utilité ! Je suis en classe de première générale et je me suis aidé de votre article pour réaliser mon TPE (sorte de gros exposé qui compte pour le bac) qui a pour thème la photographie.

    Merci infiniment ! Mallaury 🙂

    1. Merci Mallaury pour ce commentaire.
      C’est un plaisir de savoir que ce site vous a été utile dans vos études.
      Bonne continuation,
      Patrick.

  2. Plus d’une semaine s’est écoulée, et pas une seule réaction!
    C’est les vacances, ou bien l’argentique et l’histoire de la photo n’intéresse personne?

    Je voudrais juste souligner que :
    – l’histoire du cinéma et de la photo sont très imbriqués au point qu’aujourd’hui les jeunes générations semblent ignorer que la photo et la vidéo nécessitent des technologies et des techniques bien différentes.
    – le numérique est une révolution sans précédant : il y a 100 ans il fallait s’appeler Lartigue (belle fortune de l’époque) pour s’amuser avec un appareil photo ou une caméra. Aujourd’hui, n’importe qui peut prendre un cliché et l’expédier instantanément à son ami qui vit aux antipodes.
    – le numérique a réduit de façon ahurissante, le coût, l’encombrement, l’entretient des archives, et la création aussi. Par la même occasion, la pollution est aussi jugulée. Néanmoins, je pense que les enseignants doivent aussi informer le public sur le respect d’un minimum de pratique (comme recycler les batteries, des gestes simples, mais si fondamentaux).
    Enfin, le numérique peut atteindre une qualité inégalée.

    Je te remercie pour ton action qui popularise l’art de la photo.

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